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Lucie Tremblay
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Super-cliniques : nous sommes très déçus du modèle de soins annoncé

Publié le 28 Avril 2016

Le projet de super-cliniques annoncé par le ministre Barrette a fait la manchette récemment. Il a toutefois reçu un accueil mitigé de la part de différents acteurs de la santé. Et c’est le cas de l’OIIQ, nous avons soulevé clairement plusieurs inquiétudes.

Nous comprenons la finalité de ce projet, notamment qu’il vise à alléger l’accès aux services d’urgence. Mais la question se pose : est-ce que le modèle annoncé pourra véritablement améliorer la qualité des soins dispensés, particulièrement pour les clientèles les plus vulnérables? Nous croyons clairement que non.  

Ce modèle, qui suit un parcours de soins somme toute traditionnel, ne sera pas en mesure d’assurer la prise en charge des patients souffrant de maladies chroniques. Comme on peut le constater, aucune mesure structurante n’est proposée pour favoriser cette prise en charge.

Or, on sait que cette catégorie de patients, souvent composée de personnes âgées, est en proie à des problèmes complexes de santé, qu’elle requiert des soins de plus en plus spécialisés ainsi qu’un suivi médical serré et à plus long terme. Pour ce type de maladies, on a tout avantage à miser sur la prévention, un parcours de soins axé sur la collaboration interprofessionnelle et une approche clinique concertée.    

Nous déplorons grandement que ce type de super-cliniques ne propose pas le recours aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Pourtant nous avons vivement insisté depuis plusieurs mois sur le rôle stratégique que pourrait jouer l’IPS pour favoriser l’accès aux soins de première ligne. Plusieurs expériences ailleurs dans le monde, et notamment en Ontario, le démontrent clairement.

En raison de sa formation même, l’IPS est une spécialiste des soins de proximité. Elle détient toute la compétence pour évaluer les besoins des patients, pour les orienter vers les soins appropriés et pour participer à une trajectoire de soins adaptée à leurs besoins. Nous comptons actuellement quelque 300 IPS de première ligne au Québec, qui sont toutes disposées à offrir leur expertise de pointe.

Le gouvernement semble reconnaître lui-même le rôle déterminant que pourraient jouer les IPS dans le système de santé. Mais force est de constater qu’il ne consacre pas toute la volonté et les ressources pour en augmenter le nombre, et encore moins pour les intégrer de manière appropriée dans la trajectoire de soins. Comme c’est le cas d’ailleurs dans son projet de super-cliniques. Ce paradoxe nous interpelle particulièrement.

L'OIIQ est convaincu plus que jamais que l'accès aux soins de santé doit passer par une vision plus novatrice. Il nous faut miser davantage sur un parcours transversal des soins plutôt qu’en silo, sur l’autonomie professionnelle de l’infirmière, sur une collaboration interprofessionnelle dans la prestation des soins, sur une gouvernance clinique concertée et sur l’amélioration des pratiques.

Nous avons déjà effectué des représentations dans ce sens auprès du gouvernement et nous continuerons de le faire. L’enjeu est de taille, soit celui d'assurer les meilleurs soins de santé à la population québécoise.

Lucie Tremblay  

Présidente

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