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Lucie Tremblay
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Le rôle déterminant des infirmières et infirmiers auprès des patients en fin de vie

Publié le 17 septembre 2015

L'entrée en vigueur de la nouvelle loi portant sur les soins en fin de vie anime les discussions de nombreux professionnels de la santé. En fait, elle devrait plutôt apaiser nos préoccupations sur cette question fondamentale : le droit pour tout être humain à des soins de qualité dans les derniers moments de sa vie et la reconnaissance de la primauté de ses volontés.

Sans doute avez-vous eu l'occasion de constater que je suis profondément attachée aux valeurs de notre profession et cette question des soins de fin de vie représente à mes yeux d'infirmière un enjeu majeur par rapport à notre rôle d'accompagnement des patients et des familles.

Une loi liée à nos valeurs professionnelles

Les soins de fin de vie restent une question des plus délicates qu'il faut traiter avec toute l'humanité qui caractérise notre profession. Cette étape de la vie est directement liée à l'ensemble des valeurs professionnelles des infirmières. Des valeurs qui sont au cœur de la relation étroite existant entre l'infirmière ou l'infirmier et son patient. Une relation définie par la prestation de soins, empreinte d'intimité et de respect. Que l'on pense à l'autonomie et la dignité de la personne, à l'intégrité et au bien-être du patient ou à l'équité dans les soins, la loi est cohérente avec ces valeurs et nous fait bénéficier d'un nouvel encadrement légal pour des soins de fin de vie de qualité et accessibles à tous. Le processus décisionnel des différentes options de soins, les indications, les soins cliniques, la médication appropriée, la surveillance clinique et la documentation seront dorénavant balisés par la Loi et les guides d’exercice.

Dans le continuum des soins palliatifs, deux types de soins de fin de vie sont encadrés par la nouvelle Loi soit la sédation palliative continue et l’aide médicale à mourir. En soins de fin de vie, il existe, quoique rarement, des situations cliniques d’extrême souffrance et de détresse difficiles à soulager malgré des soins palliatifs de qualité. Les symptômes et les douleurs non soulagés ont un effet intolérable sur le bien-être de la personne en fin de vie et compromettent la possibilité d’une mort paisible. Dans ces circonstances, la sédation palliative continue et l’aide médicale à mourir peuvent constituer des soins appropriés.

La sédation palliative continue consiste à plonger la personne dans le sommeil à l’aide de moyens pharmacologiques. Pour l’infirmière, prendre soin d’un patient qui demande une telle sédation veut dire être partie prenante dès le début du processus décisionnel dans le respect de la personne et de ses proches, ainsi que des professionnels de la santé impliqués. Nous avons la responsabilité d'offrir au patient un accompagnement de haut niveau quelle que soit sa décision. Ainsi, l’infirmière évalue les douleurs réfractaires et l’angoisse du patient, fournit les soins et les traitements requis, surveille la condition clinique et soutient le patient et ses proches jusqu’au décès.

Dans l’aide médicale à mourir, l’infirmière n’administre pas les médicaments, mais elle doit collaborer au processus décisionnel et apporter son soutien au médecin, au patient et à ses proches. En effet, il revient au médecin d’administrer lui-même à la personne qui le demande l’aide médicale à mourir, de l’accompagner et de demeurer près d’elle jusqu’à son décès.

Deux documents sont mis à votre disposition : le guide d’exercice sur la sédation palliative continue disponible sur le site Web du Collège des médecins du Québec et le document de référence sur l’aide médicale à mourir. Ce dernier est le fruit de la collaboration de trois ordres professionnels : le Collège des médecins du Québec, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et l'Ordre des pharmaciens du Québec. Il précise les normes à suivre pour accomplir l’aide médicale à mourir. Ce document est disponible dans la section réservée aux membres du site Web de l’OIIQ. Ces guides ont pour objectif de soutenir les médecins et les autres professionnels de la santé ou des services sociaux dans l'exercice de leur pratique clinique, tout en respectant l'esprit de la Loi concernant les soins de fin de vie.

L'objection de conscience, un choix personnel et professionnel reconnu

Vous savez, l'objection de conscience des professionnels de la santé est prévue par la Loi en ce qui concerne l’aide médicale à mourir. Elle permet à l’infirmière pour des raisons morales ou religieuses de ne pas participer à l'aide médicale à mourir. C'est un droit que vous avez et nul ne peut vous empêcher de l'exercer. Dans cette situation, l’infirmière ou l’infirmier devra aviser le plus rapidement possible son supérieur hiérarchique qu’il ne participera pas à ce soin. Le supérieur fera le nécessaire pour désigner une autre infirmière qui assurera les soins et le soutien appropriés au patient et à ses proches.

L’infirmière, maillon essentiel à des soins de fin de vie de qualité

Les soins de fin de vie ne pourraient être donnés sans la présence de l’infirmière. Nous savons tous l'importance de ce rôle d'accompagnement, un rôle de premier plan à cette étape de fin de vie. Cette relation intime avec les proches a d'autant plus d'importance au cours de la sédation palliative puisque le patient entre dans un coma d'où il ne reviendra pas. La famille et les proches auront besoin plus que jamais de votre support. Il en est de même pour les familles et les proches qui assistent à l’aide médicale à mourir.

Vu l'importance cruciale accordée au déploiement de la Loi concernant les soins de fin de vie, plusieurs instances (les ordres et le ministère de la Santé) travaillent depuis plusieurs mois au développement d'outils utiles aux établissements de santé et de formations pour les professionnels de la santé. Cette démarche est bien encadrée pour assurer une bonne gestion de l'ensemble du processus. Je vous invite à suivre de près nos communications qui vous informeront sur les formations disponibles en matière de soins de fin de vie.

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