La pratique infirmière en CHSLD : il faut l'intensifier de toute urgence!

Publié le 28 Octobre 2013

L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) prend position pour demander que l'offre de soins en CHSLD respecte les besoins de cette population extrêmement vulnérable. Il est malheureux de constater que plusieurs dirigeants du réseau de la santé comprennent mal les besoins de cette clientèle, mais aussi la valeur ajoutée qu'apporte la pratique de l'ensemble des activités du champ d'exercice de l'infirmière. Cette méconnaissance s'observe certes dans d’autres secteurs, mais au cours des dernières années, la situation en CHSLD s'est dégradée.

Il y a une dizaine d'années, l'OIIQ a mené une enquête de qualité dans un CHSLD et des recommandations découlant du rapport d’enquête pourraient certainement inspirer les dirigeants qui ont le mandat d'offrir des soins à une clientèle en lourde perte d'autonomie qui présente de nombreux problèmes de santé. On se rappellera notamment que la réduction du nombre d'infirmières à un seuil minimum avait plongé ce CHSLD et sa clientèle dans un environnement de soins inacceptable, voire catastrophique pour les résidents et le personnel. Il leur a même été difficile de s'en relever.

Par ailleurs, depuis dix ans, l’enrichissement du champ d'exercice infirmier est devenu un véritable atout pour mieux soigner les clients présentant de nombreuses pathologies, notamment plusieurs maladies chroniques. La présence médicale en CHSLD est très limitée. La présence d'infirmières est donc d’autant plus cruciale. Elles peuvent évaluer l'état de santé de la clientèle et déterminer les traitements, permettant ainsi à la clientèle d'être bien soignée et de vivre dans la dignité. 
 

Intensification des besoins de soins

La prise de position de l'OIIQ s'inscrit dans un contexte où nous observons depuis plusieurs années une augmentation constante des heures de soins, soit une hausse du nombre d'heures-soins dans les CHSLD de 5 % depuis 2007-2008, ce qui se traduit par 3,22 heures-soins par résident par jour, en moyenne. Force est d'admettre que les CHSLD sont réservés à une clientèle en grande perte d’autonomie et souvent très âgée. Bien que le CHSLD soit un milieu de vie substitut, il est utopique de croire que les résidents n'ont besoin que d'hébergement. Si c'était le cas, ils demeureraient à domicile ou en ressource intermédiaire.

Le profil de la clientèle en CHSLD est complexe : les deux tiers des personnes âgées hébergées souffrent de multipathologies et ont au moins trois problèmes chroniques de santé. Les résidents présentent des pertes cognitives, d’importants problèmes de comportement et souffrent de troubles mentaux. Environ 11 % de la clientèle des CHSLD a moins de 65 ans et présente des déficiences physiques, des déficiences intellectuelles et des maladies dégénératives.

C’est pourquoi l’OIIQ s’inscrit en faux contre la position voulant que substituer des préposés à des infirmières pourrait améliorer la qualité de vie des résidents des CHSLD. Au contraire, l’Ordre est fermement convaincu que cela mettrait sérieusement en péril la qualité de soins et la qualité de vie des résidents.
 

Un nombre suffisant d’infirmières est crucial

La clientèle des CHSLD requiert des soins et des traitements complexes et demande une surveillance étroite pour garantir sa sécurité : hypodermoclyse, antibiothérapie intraveineuse, cathéter veineux de type PICC-line, dialyse péritonéale, système VAC, gavage, pression positive continue (CPAP) et j'en passe. Un effectif infirmier suffisant en CHSLD rend cette surveillance possible.

Plusieurs études sur les soins infirmiers aux aînés rappellent les pratiques basées sur des données probantes et indiquent que les évaluations doivent se faire régulièrement, par exemple pour le risque de chute, le risque de plaie et le dépistage du délirium. Les ratios actuels des CHSLD du Québec sont d’une infirmière pour vingt résidents et plus. En supposant qu’une infirmière ait la responsabilité de vingt résidents et que l’état de santé de chacun d'eux soit stable (ce qui est peu probable), elle devra quotidiennement faire entre cinq et dix évaluations.

Au sein de l'équipe de soins infirmiers, seule l'infirmière peut faire une évaluation dont découlent des directives de soins. L'infirmière en CHSLD coordonne et assure la continuité de soins. Elle assume presque toujours le rôle de chef d'équipe ou d'assistante du supérieur immédiat. Lorsqu'il n’y a pas d'infirmières pendant certains quarts de travail, il en résulte automatiquement un manque de directives de soins. Il est utopique de croire que l'évaluation faite uniquement pendant le service de jour peut répondre à toutes les situations. En effet, les besoins de la clientèle fluctuent au cours d'une même journée. On peut facilement imaginer que le risque de chute, par exemple, augmente lorsque le résident est plus fatigué. Qui peut faire l'évaluation d’un client qui présente un syndrome crépusculaire s'il n'y a pas d'infirmière au moment du crépuscule? Qui fait l'évaluation du client qui fait une chute à 3 h du matin? En l'absence d'une infirmière pendant les quarts de soir et de nuit, qui donne les directives de soins, s'assure de leur exécution et réévalue la pertinence de ces directives?

Le personnel qui travaille en CHSLD veut faire du bon travail, mais lorsqu'il est mal outillé, il devient plus enclin à quitter son emploi, ce qui entraine un haut taux de roulement. Le soutien de l'infirmière contribue à favoriser une attitude appropriée de la part du personnel soignant et minimise le taux de roulement. L'infirmière joue un rôle capital dans l'enseignement au personnel qui compose son équipe.

Autre contribution appréciable, de 45 % à 67 %[1] des hospitalisations peuvent être évitées lorsque les infirmières sont en nombre suffisant pour offrir les soins requis. Non seulement il s'agit d'une meilleure utilisation des ressources, mais cela évite des complications graves.
 

Une pratique infirmière à intensifier

Des expériences dans différentes régions du Québec ont démontré l'impact positif sur la sécurité et la qualité des soins d’une offre de services axée sur le développement de compétences spécialisées en soins infirmiers gériatriques, basées sur l’évaluation de la condition physique et mentale des personnes, une activité réservée aux infirmières. Les stratégies utilisées tendent à réduire la présence d’infirmières alors que les besoins en soins infirmiers de cette clientèle augmentent, ce qui risque de compromettre la protection du public.

Nous demandons aux dirigeants de la santé, y compris au MSSS, d’avoir le cœur et le courage d'offrir aux aînés vivant en CHSLD les soins dont ils ont besoin.

Les personnes qui découvrent tout l'intérêt de cette pratique auprès d'une clientèle vulnérable ont à la fois, à n'en pas douter, un coup de cœur professionnel et personnel. Elles méritent d'avoir les moyens d'exceller pour leurs patients.

C'est, à la fois, NOTRE cri du cœur et de la raison!

 

[1] O’Neill, C., Harrington, C., Kitchener, M., & Saliba, D. (2003). Quality of care in nursing homes: an analysis of relationships among profit, quality, and ownership. Medical care, 41(12), 1318‑1330. doi:10.1097/01.MLR.0000100586.33970.58

Ouslander, J. G., Lamb, G., Perloe, M., Givens, J. H., Kluge, L., Rutland, T., … Saliba, D. (2010). Potentially Avoidable Hospitalizations of Nursing Home Residents: Frequency, Causes, and Costs. Journal of the American Geriatrics Society, 58(4), 627–635. doi:10.1111/j.1532-5415.2010.02768.

 

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