Portrait de Lucie Tremblay
Éditorial de la présidente
Lucie Tremblay
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De l’audace et de la persévérance

Publié le 9 Mars 2017

Chers collègues,

Chaque année, lors de la journée internationale des femmes, j’éprouve des sentiments partagés. D’un côté, je suis froissée de constater que nous devons encore prescrire une journée pour souligner l’existence de 50 % de la population. Chaque 8 mars, je me désole de devoir avouer que nous ne sommes pas encore arrivées à l’égalité entre les hommes et les femmes et à notre inclusion complète dans toutes les sphères du pouvoir et de l’influence. Je constate qu’il reste encore tant à faire partout dans le monde. Néanmoins, j’ai tout de même envie de rendre hommage à toutes ces femmes qui ont ouvert la voie au changement et qui continuent de le faire.

Force est de constater que la situation évolue tout de même. Nos mères pouvaient plus difficilement accéder à des études supérieures ou embrasser la carrière de leur choix. À partir des années 70, l’éducation supérieure s’est démocratisée. Nous avons pu choisir une profession qui fait une différence dans la vie de toute la population. Aujourd’hui, les femmes ont accès à une multitude de choix professionnels. Plus près de nous, pour la première fois cette année, 50 % des étudiantes et étudiants en soins infirmiers poursuivent leurs études au niveau universitaire.

Même si nous constatons des avancées dans notre autonomie professionnelle, j’en appelle donc aujourd’hui à votre audace, à votre détermination et à votre persévérance. L’audace d’aller au-delà des sentiers battus, de prendre votre place et d’occuper l’entièreté de votre champ de pratique. Nous, les infirmières du Québec, avec nos collègues infirmiers, avons un rôle important à jouer dans le système de santé. Nous faisons preuve de courage en demandant plus d’autonomie professionnelle et souhaitons exercer pleinement notre profession, en toute collaboration, avec les autres professionnels de la santé, au nom de la santé des Québécois.

Aujourd’hui, nous avons à notre portée la prescription infirmière. Ce nouveau pouvoir que nous avons longuement négocié, réclamé tant par la population que par la communauté infirmière : exerçons-le en grand nombre!

En cette année soulignant le 375e anniversaire de la ville de Montréal, rendons hommage à Jeanne Mance. Pionnière de la Nouvelle-France, elle est également reconnue comme une cofondatrice de Montréal où elle a créé, puis dirigé, l’Hôtel-Dieu, un établissement de santé d’importance. Inspirons-nous de son courage, de son audace, de sa ferveur et de sa détermination. Rappelons-nous qu’elle a pris sa place à une époque ô combien difficile. En outre, à l’aube du centenaire de l’OIIQ, rappelons le travail de Georgina Pope (1862–1938), l’une des nombreuses bénévoles qui se sont illustrées lors de la Première Guerre mondiale. Elle a d’ailleurs été honorée pour son engagement à une époque où, en 1917, est créée la Graduate Nurses' Association of the Province of Quebec, première association québécoise de gardes-malades diplômées qui, par le truchement d’une loi, en 1920, deviendra l’Association des gardes-malades enregistrées de la Province de Québec. Le titre de « garde-malade enregistrée » est dès lors réservé aux seuls membres de l'Association, l’ancêtre de ce qui deviendra plus tard l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Que de chemin parcouru depuis cette époque, pour les femmes en général et les infirmières en particulier, qui ont la chance, aujourd’hui, d’appartenir à une profession reconnue, aimée de la population – une profession à part entière, noble, dont le visage a grandement changé ces dernières années.

Je pourrais citer de nombreuses personnalités dont nous pouvons être fières, tant la liste est longue, mais je ne nommerai que certaines d’entre nous qui se sont illustrées récemment parce qu’elles ont osé « prendre leur place ».

Je citerai par exemple Maureen Guthrie, infirmière à la Coopérative de solidarité SABSA qui vient en aide aux populations vulnérables de Québec, engagée auprès d'organismes communautaires depuis plus de 30 ans. Je pense également à Audrey Larone Juneau, infirmière au CHU Sainte-Justine auprès de nouveau-nés prématurés et de leurs familles, qui a œuvré à la création d’un projet réunissant six unités de soins intensifs néonatals du Québec. Je pense aussi à Christine Laliberté, présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisée (AIPS) du Québec; des IPS dont on ne cesse de reconnaître l’apport et de louer la contribution à notre système de santé. Elles ont toutes fait preuve de persévérance pour mener à terme leur projet.

Comment ne pas parler de Gertrude Bourdon, infirmière, et aujourd’hui présidente-directrice générale du CHU de Québec, ou de Claude Proulx, infirmière-ressource en don d’organes et de tissus à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui a récemment reçu le Grand Prix de Transplant Québec. Je pense aussi à Claire Chapados, infirmière et professeure à la faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, honorée lors de la 35e édition des Prix de la ministre de l’Enseignement supérieur.

Enfin, comment ne pas parler des Florence 2017, marquant la 15e année d’existence de cet événement. Cette année, sept femmes de tout âge, de toute origine et aux parcours éclectiques seront honorées au début du mois de mai pour leurs réalisations et leur contribution. Comment ne pas penser à Julie Bureau, du CISSS de Chaudière-Appalaches, qui, lors du dernier congrès de l’OIIQ, racontait avec énormément d’émotions, la première fois où elle a accompagné un patient, entouré de sa famille, qui avait décidé d’avoir recours à l’aide médicale à mourir. En somme, comment ne pas penser à vous qui œuvrez quotidiennement en établissement pour prendre soin de toute la population du Québec en portant fièrement votre titre professionnel.

Vous démontrez combien l’expertise infirmière est essentielle à notre société. Vous contribuez à faire une différence. Vous conjuguez au présent compétence, humanité, bienveillance, respect et équité. Vous contribuez à faire avancer la profession infirmière. Et oui, vous contribuez aussi à changer le monde!

À vous, je dis : merci.

Lucie Tremblay,

Présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

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