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Lucie Tremblay
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Accès aux soins : le Québec doit faire mieux, les expertises infirmières peuvent y contribuer

Publié le 18 Février 2016

Chers collègues,

Je vous l’avoue, rien ne me consterne autant que la lecture des résultats des enquêtes et sondages, canadiens ou internationaux, qui comparent et évaluent la qualité et l’accès aux soins de santé. Au cours des dernières années, ces enquêtes ont systématiquement dressé le même triste bilan : c’est au Québec que l’accès aux soins de santé en temps voulu est le plus difficile. Pire, la situation a tendance à se détériorer à tel point qu’aujourd’hui, le Québec est avant-dernier au Canada, juste devant le Yukon.

Certes, notre province est engagée depuis quelques mois dans une vaste réforme, mais les changements tardent à porter fruits. En novembre dernier, nous avons adopté à l’unanimité une motion affirmant leur volonté de contribuer à ce que le système de santé du Québec redevienne l’un des meilleurs au monde. À l’heure où plusieurs établissements de santé sont amenés à repenser leur offre de service, il me semble important de rappeler que nous avons proposé des solutions qui existent d’ores et déjà.

L’interdisciplinarité : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

La population a besoin d’un accès à des soins de proximité. Pourquoi ne pas Prendre soin, ensemble en développant plus avant la collaboration interprofessionnelle essentielle à tout milieu de soins? Elle permet d'implanter des solutions simples et efficaces, en misant sur les compétences infirmières et celles d’autres professionnels, pour garantir aux patients un meilleur accès aux soins et des bénéfices sur le plan individuel comme collectif.

C’est pourquoi en juin 2015, l’Ordre, le Collège des médecins du Québec et l’Ordre des pharmaciens du Québec, appuyés par 25 autres ordres professionnels du secteur de la santé, ont rédigé un énoncé de position conjoint afin de prendre des mesures visant à optimiser nos collaborations interprofessionnelles dans les équipes de soins et entre les ordres professionnels.

Droit de prescrire : une belle avancée!

Le droit de prescrire dans certaines situations cliniques est une belle avancée pour la pratique infirmière au Québec! Et surtout quel gain majeur pour la population québécoise!

Une présence infirmière continue en CHSLD

Là encore, nous avons proposé des solutions et des recommandations à la Commission de la santé et des services sociaux, dans le cadre d’un mémoire intitulé : « Les conditions de vie des adultes hébergés en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ».

Dans ces milieux, l'OIIQ a demandé une présence infirmière continue, le développement des soins palliatifs et des soins de fin de vie pour répondre aux besoins très complexes des résidents des CHSLD. Ces derniers constituent une clientèle particulièrement vulnérable, et nécessitent des soins adaptés à leur condition. Plusieurs CHSLD ont déjà effectué ce virage. Il en résulte un accès à des soins appropriés pour les résidents, dans un milieu de vie adapté. Cette approche évite à la clientèle des transferts inutiles aux urgences, et a pour conséquence une meilleure utilisation des ressources.

Concrètement, notre contribution se traduit par une diminution des coûts et une utilisation optimale du réseau de la santé.

Davantage d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS)

En 2010, le gouvernement a annoncé l’arrivée de 500 infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Ce chiffre a atteint 2 000 lors de la campagne électorale. Il convient d’investir tous nos efforts pour faire de cette annonce une réalité. Pour y arriver, le gouvernement doit présenter un plan d’effectif sous peu et procéder aux arrimages nécessaires avec les universités.

Partout où elles exercent, et le plus souvent en première ligne (IPSPL), les IPS apportent une bouffée d’air frais. Pourquoi? Parce que leur présence constitue une solution simple, efficace et autonome, dont résulte une offre de soins de proximité de très grande qualité.

Panier de services : des recommandations basées sur le principe d’équité

Ici aussi, les recommandations de notre mémoire ont pour but d’assurer une première ligne forte et d’améliorer les soins et services de proximité à la population. Ces recommandations sont basées sur le principe d’équité, cher à la profession infirmière.

Nous avons donc plaidé pour une révision du mode de financement du panier de services assurés afin d’assurer une couverture de services plus appropriée. En effet, le financement actuel des actes médicaux fait en sorte que notre autonomie de pratique et celles d’autres professionnels sont souvent limitées, voire inaccessibles.

Dans ces différents dossiers, on le voit, des solutions efficaces existent, qui impliquent de valoriser nos expertises infirmières. Il est temps d’agir parce que tout comme vous, je souhaite de tout mon cœur que notre système de santé redevienne l’un des meilleurs au monde et que l’accès aux soins et services évolue vers plus de justice. 

Lucie Tremblay,

Présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

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