Portrait de Charlène Joyal
Chronique Jeunesse
Charlène Joyal

Soigner les personnes âgées en CHSLD

Publié le 30 septembre 2013

Les soins aux personnes âgées font régulièrement la manchette. Qu’il s’agisse des soins, des conditions de vie ou des ressources, les nouvelles ne sont pas réjouissantes. Aussi, la présente chronique s’intéresse à la pratique infirmière en centre d’hébergement et de soins de longue durée. Liée aux grands dossiers de l’OIIQ, elle se veut un cri du cœur pour l’amélioration de la pratique infirmière en gériatrie.

Les soins et les services en centre d’hébergement ont souvent mauvaise presse pour diverses raisons : évaluation déficiente des besoins de soins, utilisation inappropriée des mesures de contrôle, manque d’effectif pour assurer les soins de base ou difficulté dans l’évaluation et la prise en charge d’un résident en situation d’urgence, par exemple une chute. Bien entendu, ce sont les « mauvais coups » qui sont montrés du doigt, au détriment des belles réalisations et des pratiques exemplaires mises en œuvre dans plusieurs de ces centres. Pensons au projet FORTERESSE réalisé en Montérégie et à la réorganisation des soins et des services au CSSS de la Vieille-Capitale.

Les incidents malheureux ne surviennent pas en raison de la mauvaise foi des intervenants et des infirmières. Ceux-ci font tout leur possible pour donner les meilleurs soins dans un contexte parfois très difficile. Ce sont plutôt les connaissances qui s’avèrent déficientes. En effet, plusieurs études ont révélé que les soins sécuritaires et de qualité sont intimement liés aux connaissances de ceux qui les donnent. Et si l’on ne connaît pas les meilleures pratiques, comment peut-on les appliquer?

Les soins en CHSLD se sont grandement complexifiés au cours des dernières années. Ces centres sont réservés à des personnes en lourde perte d’autonomie qui requièrent une grande expertise infirmière. En effet, les deux tiers d’entre elles souffrent de pathologies multiples et ont au moins trois problèmes chroniques de santé (MSSS, 2011[1]), 60 % d’entre elles présentent des troubles cognitifs (Association psychogériatrique internationale[2]) et au moins 20 % souffrent de troubles mentaux et présentent d’importants problèmes de comportement. Les personnes en CHSLD nécessitent des soins et des programmes spécialisés pour maintenir autant que possible une bonne qualité de vie. En effet, chaque année, plus de 18 % des personnes hébergées y vivent leurs derniers jours (MSSS, 2011). Dans ce secteur, les infirmières sont conviées à de grands défis et à une pratique de haut niveau.

Pourtant, en ce qui a trait à la pratique infirmière gériatrique vue par les étudiants, on se rend compte qu’elle est plutôt méconnue et, la plupart du temps, banalisée. Nombre d’entre nous ont entendu dire que les soins aux aînés sont synonymes de « changement de culotte » ou autres préjugés du même genre. Pourtant, la clientèle qui réside en milieu de soins de longue durée présente des problèmes complexes et nécessite bien plus que ce qui est véhiculé. Travailler auprès d’une clientèle gériatrique en centre d’hébergement n’est pas qu’une simple tâche comme on entend trop souvent, mais bien une spécialité en soi.

Les centres d’hébergement constituent des lieux de pratique privilégiés où l’infirmière peut jouer pleinement son rôle : entre autres, évaluer la condition physique et mentale, déterminer le plan de traitement, faire la gestion des médicaments, donner des soins, coordonner les activités de soins et assurer le contrôle de la qualité. De plus, le recours au corps médical y est plus restreint qu’en centre hospitalier. Ces milieux sont donc favorables au développement de la pratique autonome, ce sont des milieux où le droit de prescrire pourrait vraiment prendre tout son sens pour améliorer la rapidité de réponse à la clientèle.

Les jeunes infirmières qui sont appelées à travailler dans ces milieux se sentent souvent dépourvues dans leur pratique, non pas par manque de volonté, mais par manque de connaissances et de soutien clinique dans le développement de leur autonomie professionnelle. J’inclus ici les notions de jugement clinique et de leadership infirmier. La pratique infirmière gériatrique exige de connaître le vieillissement normal et de savoir le distinguer du vieillissement pathologique, de développer des compétences reliées à l’examen clinique physique et mental de l’aîné, de connaître les différents types d’interventions non pharmacologiques, en plus de maîtriser l’usage des médicaments. Bref, il s’agit d’appliquer la vision contemporaine de la pratique infirmière.

Je crois sincèrement que le développement des compétences de nos jeunes infirmières passe par l’amélioration de la formation d’autant plus que le vieillissement de la population fait que tous les milieux de soins ont besoin d’infirmières bien préparées pour intervenir auprès des personnes âgées. De plus, des mesures de soutien clinique pour assurer le développement professionnel des infirmières sont nécessaires. Je conclus en adressant ce message aux ministres Hébert et Duchesne : Le statu quo est inacceptable. S.V.P., allez de l'avant pour l'avenir de notre profession et le bien-être de la clientèle!

 

[1]     Ministère de la Santé et des Services sociaux (2011). Info-hébergement – Bulletin d’information présentant des statistiques de base sur l’hébergement et l’habitation des personnes âgées en perte d’autonomie, Québec, MSSS.

[2]       International Psychogeriatric Association (2012). Module & Long-Term care : The IPA Complete Guide to Behavioral and Psychological Symptoms of Demence.

 

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