Portrait de Julie St-Onge
Chronique Jeunesse
Julie St-Onge

Les jeunes infirmières s’impatientent... encore!

Publié le 1 janvier 2012

Il y a 71 000 infirmières au Québec et 55 000 d'entre elles travaillent actuellement dans le réseau public de la santé. Elles sont enseignantes, soignantes, gestionnaires, cliniciennes, praticiennes spécialisées, etc. Je me demande toutefois : quelle place occupent-elles dans le système de santé actuel?

En 2009, Julie Poirier (ex-présidente du Comité jeunesse) écrivait dans Le Journal de l'Ordre une chronique ayant pour titre : « Les jeunes infirmières s'impatientent » et faisait état de certaines questions à l'égard de la relève infirmière, entre autres :

« Comment ces infirmières mettent-elles en pratique leurs connaissances? Prennent-elles les décisions cliniques d'évaluation et de surveillance? Prennent-elles des décisions cliniques en appliquant des ordonnances collectives? Ont-elles l'impression d'utiliser pleinement leur jugement clinique? Comment se vit la collaboration infirmière-médecin-pharmacien? »

 

Je suis inquiète de voir que les réponses à ces questions sont fort probablement les mêmes en 2012. Les dossiers avancent, certes, mais à pas de tortue! Je me suis donc penchée sur la question pour tenter de découvrir ce qui est à l'origine de cette lenteur. Un seul coup d'œil dans les archives des médias, pour y retrouver en grands titres : « Gain de pouvoir pour les pharmaciens1 », « Les ambulanciers pourront prodiguer des soins avancés2 », « Le bac obligatoire, une mauvaise idée3 » et « Le bac pour les infirmières : non merci4 ».

À la suite de ce constat, je reformule ma question de départ : quelle place les infirmières occupent-elles dans le système de santé actuel et surtout quelle place souhaitent-elles prendre? Est-ce qu'il se peut que le manque de solidarité au sein de notre profession soit l'élément qui nuit à l'avancement de la profession? Certes, ce ne sont pas toutes les infirmières qui désirent être praticiennes spécialisées ou infirmières dans un groupe de médecine de famille, mais lorsqu'il est temps de prendre notre place au sein du système de santé, nous devons être fières d'être infirmières et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire avancer la profession!

J'ai eu l'opportunité de participer à l'émission Génératrice à la radio de Radio-Canada. Un des sujets de discussion était les façons d'améliorer l'accès à des services de première ligne. À la blague, il m'a été demandé s'il fallait créer un marché noir de médecins de famille.

Pour améliorer l'accessibilité au système de santé, le gouvernement désire modifier la loi afin d'augmenter le pouvoir des pharmaciens. Je trouve désolant de voir que l'utilisation de l'infirmière à son plein potentiel ne fait pas partie des solutions envisageables pour améliorer le système de santé. Qu'en est-il des infirmières en première ligne, qu'elles soient spécialisées ou non? Elles pourraient offrir un excellent service à la population, si elles avaient plus de latitude professionnelle. Avant de modifier la Loi sur la pharmacie, l'avancement du dossier sur les ordonnances collectives et une meilleure collaboration infirmière-médecin-pharmacien pourraient également être des solutions efficaces et ce, sans modification à la loi.

En somme, je crois que la formation initiale universitaire des infirmières est un atout majeur pour permettre à l'infirmière de prendre la place qui lui revient dans le système de santé. Les ambulanciers n'obtiendront pas plus d'autonomie et ne pourront prodiguer des soins avancés sans formation adéquate. Les pharmaciens ne pourront poser des nouveaux actes sans formation adéquate. Les ergothérapeutes et physiothérapeutes doivent obtenir une formation initiale de 2e cycle universitaire. Les infirmières n'y font pas exception : si nous voulons être reconnues à notre juste valeur, si nous voulons faire valoir notre jugement clinique, obtenir plus d'autonomie professionnelle et être présentes en première ligne, nous devons avoir une formation à la hauteur de notre expertise et faire consensus pour une formation universitaire initiale.

Pour résumer ma pensée : être solidaire au sein de la profession et prendre position pour la formation initiale universitaire chez les infirmières font partie des éléments essentiels à mettre de l'avant. Ces éléments nous aideront à atteindre nos objectifs, soit d'être reconnues à notre juste valeur et d'utiliser nos compétences à leur plein potentiel. Cela, au plus grand profit des patients qui bénéficieront d'une accessibilité améliorée aux soins infirmiers.

Crédit : Laurence Labat


1 Le Devoir, 16 novembre 2011.
2 La Presse, 12 novembre 2011.
3 Le Quotidien, 28 octobre 2011.
4 L'Hebdo Mékinac des Chenaux, 27 octobre 2011.  

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