Portrait de Charlène Joyal
Chronique Jeunesse
Charlène Joyal

L’avenir de la conseillère-cadre en soins infirmiers

Publié le 16 octobre 2014

Dans la dernière Chronique jeunesse, il était question de la gouverne des soins infirmiers et de la vision de la jeunesse infirmière. Bien entendu, lorsqu’il est question de gouverne des soins, plusieurs acteurs et concepts nous viennent en tête : direction des soins infirmiers, conseil des infirmières et infirmiers (CII), comité d’infirmières et infirmiers auxiliaires (CIIA), qualité des soins, pratique sécuritaire, vigie, surveillance, etc. Plus rarement, il nous vient à l’idée la contribution directe de la conseillère-cadre en soins infirmiers. Pourquoi? Une des raisons est probablement liée au fait que le rôle concret de ces infirmières dans les établissements de santé est souvent méconnu ou mal compris. En effet, selon une étude de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé (2010), seuls les gestionnaires de soins de santé, les enseignants, les professeurs et les conseillères-cadres elles-mêmes étaient en mesure de décrire clairement l’influence de ces rôles sur les patients, la profession infirmière et le système de santé du Canada. De plus, leur appellation ne fait pas consensus dans le réseau : conseillère-cadre, conseillère clinicienne, conseillère en activités cliniques, et j’en passe. Comment arriver à bien se comprendre, même dans notre propre profession? Une chose est certaine : malgré la variabilité de leur appellation, le travail de ces infirmières et infirmiers vise la sécurité, la qualité des soins et les résultats positifs sur la santé (AIIC, 2014). Et pour faciliter la compréhension et avoir un discours commun, nous utiliserons le terme infirmière clinicienne spécialisée (ICS) reconnu par l’AIIC (2008).
 

La contribution déterminante de l'ICS sur la qualité des soins

De par ses fonctions au sein des directions de soins infirmiers, l’ICS détient un rôle déterminant dans l’opérationnalisation de la gouverne des soins infirmiers. En effet, elle assume un rôle de chef de file des soins infirmiers et assure la sauvegarde de hautes normes de qualité de soins, incluant la gestion des risques, en créant un environnement propice au développement de l’excellence clinique.

Au Canada, nous disposons d’ICS depuis plus de 40 ans. Ces professionnelles sont considérées comme infirmières en pratique avancée, tout comme les infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Selon la définition internationale, elles sont des infirmières autorisées qui ont acquis l’expertise de base, l’aptitude à prendre des décisions complexes de même que les compétences cliniques nécessaires à la pratique avancée. Elles possèdent une formation universitaire de maîtrise en sciences infirmières, ont une compétence confirmée dans une spécialité infirmière clinique et leurs fonctions comprennent la pratique, la consultation, la formation, la recherche et l’encadrement. Elles contribuent à l’évolution des connaissances en sciences infirmières et en matière de pratique fondée sur les données probantes, elles traitent des questions de soins de santé complexes au bénéfice des patients, des familles, d’autres disciplines, de gestionnaires et de responsables de politiques (Canadian Nurse Association, 2003).

En termes de résultats, la contribution de l’ICS est indéniable. Dans la littérature, les données sur les avantages de la pratique infirmière avancée continuent à s’accumuler. Plusieurs essais randomisés ont démontré que l’ICS peut réduire les coûts par une amélioration des résultats tels que la réduction du nombre d’hospitalisations, de visites à l’urgence, de la durée des séjours et du nombre de réadmissions (DeGrasse et Nicklin, 2001). Les ICS peuvent aussi améliorer les résultats pour le client et pour le système de santé en ce qui a trait à l’état de santé, l’état fonctionnel, la qualité de vie, la satisfaction à l’égard des soins (Bryant-Lukosius, DiCenso, Browne et Pinelli, 2004). Bref, l’ICS améliore les résultats pour les clients, la population et le système de santé en intégrant les connaissances, les habiletés et une spécialisation dans les soins cliniques, la recherche, le leadership, la consultation, l’enseignement et la collaboration (AIIC, 2014).
 

Un rôle en voie d'extinction?

En dépit de l’abondance de données internationales attestant les résultats positifs générés par l’ICS, il n’existe pas de programme politique national de soins infirmiers ou de services de santé visant à assurer la viabilité à long terme de ce rôle. Pire encore, le ministère de la Santé et des Services sociaux impose un moratoire sur ces postes de conseillers-cadres et effectue même des coupures importantes dans les établissements de santé. Mais si ces données n’ont pas atteint le public ou le gouvernement, il est difficile de connaître l’impact des ICS sur les résultats pour les patients et pour le système de santé et, en conséquence, d’obtenir de l’appui pour ce rôle. L’impact direct du rôle d’ICS étant moins évident, et ce pour les infirmières elles-mêmes, cette fonction est d’autant plus vulnérable et sa survie plus à risque. Et pourtant, il y a encore tant de domaines où ces infirmières pourraient contribuer à combler des lacunes et à favoriser un accès équitable à des services de santé de haute qualité dans une optique de maximisation de la santé des Canadiens (FCRSS, 2010).

À mon avis, les jeunes infirmières constatent la plus-value de l’infirmière en pratique avancée  dans les milieux de soins. Plusieurs ont même un intérêt à poursuivre leurs études à la maîtrise en sciences infirmières en vue de devenir ICS. Par contre, le statut précaire de cette fonction présentement n’a rien d’encourageant pour l’avenir. Le rôle de l’IPS prend de l’ampleur au Québec, et c’est une très bonne chose pour les usagers des services de santé, surtout dans la communauté. Cependant, il ne faut pas oublier la contribution indéniable des ICS. Au lieu de vouloir les éliminer à petit feu, le gouvernement Couillard devrait plutôt miser sur leurs compétences, d’autant plus qu’elles sont des modèles de rôle dans l’amélioration de la qualité et des résultats de soins infirmiers.

 

Références :

Association des infirmières et infirmiers du Canada. (2014). Compétences nationales de base pour l’infirmière clinicienne spécialisée. Récupéré le 23 septembre 2014, de http://cna-aiic.ca/~/media/cna/files/fr/clinical_nurse_specialists_convention_handout_f.pdf

Canadian Nurses Association. (2008). Advanced nursing practice: A national framework. Ottawa, ON. : Canadian Nurses Association. Récupéré le 12 janvier 2009, de http://www.cna-aiic.ca/CNA/documents/pdf/publications/ANP_National_Framework_e.pdf

Canadian Nurses Association. (2003). Position statement: Clinical nurse specialist. Ottawa, ON. : Canadian Nurses Association. Récupéré le 2 octobre 2008, de http://www.cna-aiic.ca/CNA/documents/pdf/publications/PS65_Clinical_Nurse_Specialist_March_2003_e.pdf

International Council of Nurses Nurse Practitioner/Advanced Practice Network. (2005). Definition and characteristics of the (APN) role. Récupéré le 25 septembre 2008, de http://66.219.50.180/inp%20apn%20network/practice%20issues/role%20definitions.asp

Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé. (2010). Infirmières cliniciennes spécialisées et infirmières praticiennes au Canada. Synthèse d’aide à la décision. Récupéré le 20 septembre 2014, de http://www.fcass-cfhi.ca/sf-docs/default-source/commissioned-research-reports/Dicenso_FR_Final.pdf?sfvrsn=0

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