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Chronique Déonto
Joanne Létourneau

Utilisation des outils d'évaluation dans la pratique infirmière

Publié le 27 janvier 2017

L’évaluation de la condition physique et mentale d’une personne symptomatique est l'activité réservée aux infirmières et infirmiers[1] qui constitue l’assise de l’exercice infirmier.[2]

Dans le cadre de son évaluation clinique, l’infirmière ou l’infirmier peut avoir recours à des outils d’évaluation pour l’assister dans la collecte, l’analyse et l’interprétation de données pertinentes à la situation de santé du client afin d’établir les constats de son évaluation. Par exemple, ces outils peuvent, entre autres, être utiles pour déceler des complications ou des problèmes de santé, déterminer et ajuster le plan thérapeutique infirmier (PTI) et exercer la surveillance clinique requise.

L'article 45.1 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers du Québec précise que « [l]'infirmière ou l’infirmier qui utilise des outils d’évaluation, notamment des instruments de mesure, doit respecter les normes de pratique et les principes scientifiques généralement reconnus dans ce domaine pour leur utilisation, leur administration et leur interprétation[3]»

Bien que divers outils d’évaluation, tels que les instruments de mesure, puissent sembler facilement accessibles, chacun d’entre eux possède ses propres caractéristiques, son potentiel et ses limites. Dans ce contexte, l'utilisation et l'interprétation d'outils d'évaluation doivent se faire avec rigueur, compte tenu des risques de préjudice potentiels que peuvent entraîner les résultats d’un test pour certains clients (stigmatisation, perte de droits, etc.). Il incombe à l'infirmière de posséder les connaissances, les habiletés et le jugement clinique requis pour déterminer, administrer le test pertinent et en interpréter les résultats de manière appropriée.

Vous exercez sur une unité de gériatrie et vous devez procéder à l’évaluation d’un nouveau client. Lors de votre évaluation initiale, vous croyez que le test Mini-Mental State (test de Folstein) serait pertinent afin d’évaluer ses fonctions cognitives et ses capacités mnésiques. Vous n’avez pas eu l’occasion d’administrer ce test depuis un certain temps et vous savez que vous devez avoir une connaissance suffisante des outils d’évaluation en vue de respecter les normes de pratique et les principes scientifiques généralement reconnus au moment de leur administration et de leur interprétation. Puisque vous ne possédez pas les compétences professionnelles requises, vous prenez donc la décision de ne pas administrer le test au client.  

Si, à partir de vos constats, vous estimez qu’il est nécessaire d’administrer le test à ce client afin d’évaluer adéquatement sa condition physique et mentale, vous devez le diriger vers une autre infirmière ou un autre infirmier, un autre professionnel de la santé ou toute autre personne compétente, dans le but de compléter l’évaluation de ce dernier.

Le Conseil de discipline a reconnu coupable de négligence une infirmière ayant utilisé l’échelle de Glasgow pour évaluer l’état de conscience d’une cliente, sans toutefois en faire l’interprétation des résultats[4]. L’infirmière, à partir des résultats du test, n’avait pas été en mesure de déterminer si la cliente était inconsciente ou si elle dormait. Le Conseil de discipline, se basant sur l’expertise infirmière, a établi que selon les notes d’observation de l’infirmière, le score de l’échelle de Glasgow correspondait à un coma.

L’évolution des technologies facilite l’accessibilité à divers outils d’évaluation. De même, l’évolution des pratiques peut avoir une influence sur la quantité et la qualité des outils disponibles. Il est de la responsabilité de l’infirmière d’utiliser son jugement clinique pour bien cerner l’outil qui est le mieux adapté à la condition de santé du client et de s’assurer de posséder une bonne compréhension de ce dernier. Pour agir avec compétence dans l’utilisation, l’administration et l’interprétation des outils d’évaluation, l’infirmière devra s’assurer d’avoir les connaissances et habiletés nécessaires, notamment en effectuant une formation complémentaire au besoin.

L’autonomie professionnelle est une valeur de notre profession se traduisant par la capacité de prendre des décisions dans l’intérêt du client, en toute objectivité et indépendance, d’en être imputable et d’en rendre compte. L’emploi d’outils d’évaluation par l’infirmière dans sa pratique professionnelle en est une démonstration.[i]

Joanne Létourneau, syndique

Myriam Brisson, directrice adjointe – déontologie/syndique adjointe

Magali Michaud, syndique adjointe

Stéphanie Vézina, syndique adjointe


[1] Loi sur les infirmières et les infirmiers, L.R.Q. c. I-8, art. 36.

[2] Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Le champ d'exercice et les activités réservées des infirmières, 3e édition, Montréal (Québec), 2016, p. 29.

[3] Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ, chapitre I-8, r. 9, art. 45.1.

[4] Infirmières et infirmiers c. Beaudoin, C.D. Inf. 20-2007-00390, 2009-11-06.

Références

Ordre des psychologues du Québec (OPQ). Les tests et leur usage. Fiche déontologique, vol. 1, nº 3, septembre 2000, 4 p.

Société Française de la Psychologie. Recommandations internationales sur l’utilisation des tests. Pratiques Psychologiques, L’Esprit du Temps, juin 2003, 31 p.

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