Portrait de Sylvie Truchon
Chronique Déonto
Sylvie Truchon

Négligence dans les soins et traitements 2/2

Publié le 1 mars 2012

Une réflexion s'impose!

Deuxième partie

La dernière chronique déonto levait le voile sur la notion de négligence dans les soins et les traitements à l'aide de définitions et d'exemples concrets. La présente chronique se veut une occasion pour chaque infirmière, quel que soit son domaine de pratique, de répondre à la question suivante  « Comment, dans mes décisions cliniques et mes interventions, puis-je assurer des soins et des traitements sécuritaires au client, et ce, tout au long de l'épisode de soins? »

Bien que différents moyens s'offrent à l'infirmière, il apparaît clairement que le « jugement clinique prudent », la documentation des soins infirmiers et le respect rigoureux des lignes directrices, des procédures, des protocoles, des principes et des méthodes de soins sont des éléments de réponse incontournables.

Une des exigences liées à la prestation de soins et de traitements sécuritaires est le « jugement clinique prudent ». Dans cette optique, l'infirmière doit évaluer les risques pour le client en tenant compte de ses antécédents médicaux. Elle doit aussi être à l'affût de toute complication ou détérioration de son état de santé afin d'en reconnaître rapidement les signes et les symptômes. La surveillance clinique et la continuité des soins exigent que les informations nécessaires soient documentées, y compris au plan thérapeutique infirmier.

L'analyse des informations recueillies devrait permettre à l'infirmière d'intervenir de façon appropriée auprès du client, par exemple, en ajustant la fréquence ou en ajoutant des paramètres cliniques à surveiller, en transmettant, au moment opportun, les informations pertinentes au médecin, en demandant l'aide d'un tiers au besoin.

Situation 1

Une infirmière a sous ses soins une jeune femme atteinte de dystrophie musculaire, hospitalisée en raison d'une pneumonie. Malgré l'absence de réaction de la cliente lors des interventions de soins, l'infirmière néglige d'approfondir l'évaluation de son état de santé et n'évalue pas, notamment, son état de conscience ni sa condition respiratoire. Malheureusement, la cliente décède. Cette évaluation aurait permis à l'infirmière de constater l'état comateux de la cliente et d'intervenir immédiatement.

Dans sa décision, le Conseil de discipline écrit que l'infirmière « aurait dû être plus vigilante et plus consciente de la condition urgente de sa cliente en demandant de l'aide et en alarmant le médecin et les autres intervenants plus rapidement »1.

Situation 2

Un infirmier, responsable d'assurer la surveillance d'un client ayant récemment subi une transplantation et à haut risque de rejet, néglige d'aviser le médecin alors que le client présente plusieurs signes de détérioration, tels que l'altération des signes vitaux, des vomissements, de la douleur. Son état s'aggrave au point qu'il doit être transféré aux soins intensifs.

L'infirmier a admis avoir mal agi. De son côté, le Conseil de discipline précise que ce dernier a manqué de jugement professionnel de façon flagrante et que son inaction a fait courir des risques inutiles au client. Il mentionne également que, si l'infirmier ne savait pas quoi faire, il aurait dû, à tout le moins, chercher à obtenir l'aide appropriée.

Situation 3

Une infirmière est reconnue coupable d'avoir, à de nombreuses reprises, omis d'inscrire au dossier de plusieurs clients les informations nécessaires pour assurer la continuité des soins.

Le Conseil de discipline reconnaît la gravité de cette infraction et précise que ce type d'omission peut causer des torts importants aux clients en termes de sécurité et de continuité des soins.

La prestation de soins et de traitements sécuritaires implique aussi le respect rigoureux des lignes directrices, des procédures, des protocoles, des principes et des méthodes de soins, à moins d'une raison valable de s'y soustraire. Il est en effet reconnu qu'un tel respect favorise la normalisation des soins et contribue à leur sécurité.

Est-il possible qu'au fil du temps, vous ayez observé ou opté pour certains raccourcis ou préférences personnelles dans la prestation des soins et des traitements? À titre d'exemples, omettre de mesurer des paramètres cliniques, passer outre à la double vérification de médicaments ciblés, faire fi des règles d'asepsie ou négliger d'utiliser un formulaire de vérification? Et que dire du fait de ne pas s'assurer du fonctionnement adéquat du matériel en place, comme celui des pompes volumétriques, ou éteindre les alarmes des différents moniteurs?

Situation 4

Un infirmier a été reconnu coupable de négligence lors de l'administration d'une chimiothérapie. Il n'a pas respecté le protocole prévu; entre autres, il a omis de prendre des signes vitaux, d'ajuster correctement le débit d'une des perfusions et il n'a pas pris les moyens raisonnables en vue de protéger l'intégrité de la peau du client.

Conclusion

Ces différentes pratiques aboutissent à de nouvelles « normes tacites » par lesquelles s'installe insidieusement la négligence. Certaines sont mises au grand jour à la suite, par exemple, d'une constatation de la situation par un tiers ou d'une complication de l'état de santé d'un client. D'autres perdurent. Pourtant, toutes ces pratiques risquent ou mettent en péril la protection du public.

Points de repère essentiels à une pres­tation de soins et de traitements sécuritaires

  • Faire preuve de vigilance;
  • Éviter de se laisser guider par la routine des gestes posés et par les automatismes;
  • Éviter, parce qu'on a l'habitude d'intervenir auprès d'une clientèle, de banaliser les soins à lui dispenser;
  • S'assurer d'avoir les compétences requises pour reconnaître les signes cliniques de détérioration de l'état de santé du client;
  • Aviser le médecin lorsque l'état de santé d'un client se détériore et lui transmettre les informations pertinentes;
  • Chercher à obtenir l'aide appropriée ou demander conseil au besoin;
  • Connaître et respecter les lignes directrices, protocoles, procédures, principes et méthodes de soins;
  • Documenter les informations nécessaires pour assurer le suivi clinique et la continuité des soins, entre autres, en consignant au plan thérapeutique infirmier les problèmes ou besoins prioritaires et les directives infirmières;
  • Réduire sa tolérance face aux comportements qui risquent de compromettre la prestation de soins et de traitements sécuritaires.

La syndic,
Sylvie Truchon


1Infirmières et infirmiers c. Beaudoin, C.D. Inf. 20-2007-00390, 2009-11-06.

Comité d'examen du contenu obstétrical de la SOGC, Gestion des risques et sécurité des patientes, GESTA, 18e éd. du programme de cours GESTA.

DOYON, Odette, Sophie LONGPRÉ et Carole LEMIRE. Surveillance clinique et paraclinique : assurer la sécurité des clients tout au long d'un épisode de soins, Série 1 : Soins respiratoires, cardiaques, neurologiques, Formation continue de l'OIIQ/2011-2012, Activité : F26, 51 p.

Infirmières et infirmiers c. Champoux, C.D. Inf. 20-2010-00487, 2011-03-10.
Infirmières et infirmiers c. Leblanc, C.D. Inf. 20-2006-00349, 2007-09-21.
Infirmières et infirmiers c. Perreault, C.D. Inf. 20-2007-00380, 2011-01-31.

OIIQ, Chronique déonto, Négligence dans les soins et traitements : Une réflexion s'impose!, Le Journal, vol. 9, no 1, janvier/février 2012.

Patient safety should NOT be a priority in health care! - Part 2: Reducing at-risk behaviours, vol. 65, no 1, janvier 2009,  www.nurses.ab.ca

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