Portrait de Sylvie Truchon
Chronique Déonto
Sylvie Truchon

L’évaluation clinique : cet incontournable

Publié le 28 novembre 2013

L’évaluation de la condition physique et mentale d’une personne symptomatique est l'activité réservée aux infirmières et infirmiers[1] qui constitue l’assise de l’exercice infirmier[2]. Pour réaliser cette activité réservée, l'infirmière doit d'abord recueillir toutes les données pertinentes à la situation de santé du client, entre autres au moyen du questionnaire client, de l'examen physique, des données provenant d'autres professionnels et de divers examens diagnostiques. Par la suite, elle analyse et interprète ces données avec discernement et établit les constats de son évaluation.

Évaluation clinique

Qu’il s’agisse de l’évaluation initiale ou de celle en cours d’évolution, l’évaluation est un processus dynamique qui implique que l'infirmière porte un jugement clinique sur la situation de santé d'une personne et qu'elle en communique les conclusions. À partir de cette évaluation, elle sera notamment en mesure :

  • de distinguer ce qui est normal de ce qui ne l’est pas;
  • de déceler des complications ou des problèmes de santé;
  • de déterminer la gravité ou l’urgence d’une situation;
  • d’établir les priorités d’intervention;
  • de déterminer et d’ajuster le suivi clinique (plan thérapeutique infirmier);
  • d’exercer la surveillance clinique requise;
  • de donner les directives cliniques appropriées à l'équipe de soins infirmiers;
  • d’aviser le médecin au moment opportun;
  • de diriger le client, au besoin, vers un autre professionnel de la santé ou une autre ressource.[3]

La plupart des interventions de l'infirmière découlent donc de cette évaluation.

Dans le cadre de son mandat de protection du public, l'OIIQ est régulièrement informé d’événements qui remettent en cause l’évaluation effectuée. En 2012-2013, parmi les événements médiatisés et les rapports d'investigation du Bureau du Coroner portés à l'attention de l'Ordre, 42 % concernaient l'évaluation et la surveillance clinique[4].

Pendant cette même période, 34 % des demandes d'enquête reçues au Bureau du syndic portaient sur la négligence dans les soins et traitements au sens de l'article 44 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers[5]. Une proportion préoccupante de ces situations révèle des manquements dans l'évaluation de la condition physique ou mentale du client.

L’évaluation clinique doit être réalisée avec rigueur, ce qui implique entre autres qu'elle doit être faite au moment opportun et que l'infirmière doit s'assurer d'obtenir toutes les données pertinentes à la situation de santé du client. Elle doit également être réalisée avec justesse, ce qui requiert que l'infirmière agisse avec compétence. Un manque de rigueur ou de justesse de la part de l'infirmière dans l'évaluation de la condition clinique d'un client peut se traduire par une évaluation insuffisante, incomplète ou erronée. Ces manquements peuvent survenir à toutes les étapes du processus d'évaluation. Dans de telles circonstances, le comportement peut révéler de la négligence de la part de l'infirmière et ainsi compromettre la sécurité des soins et des traitements donnés au client.

En ce sens, le Conseil de discipline a reconnu coupables de négligence dans les soins et traitements et sanctionné des infirmières qui n'avaient pas procédé à une évaluation adéquate de la condition de santé des clients. À titre d'exemple :

  • Une infirmière a laissé dormir une cliente sans procéder à l'évaluation de sa condition de santé, sous prétexte qu'il s'agissait d'une cliente difficile. L'infirmière a reconnu ne pas avoir bien évalué l'évolution de l'état de la cliente, notamment en ne prenant pas les signes vitaux et les signes neurologiques et en ne la questionnant pas sur les symptômes l'ayant conduite à consulter à l'urgence.[6]
  • Une infirmière, après avoir été informée de la chute d'une cliente présentant des déficits cognitifs, a fait preuve de négligence en limitant son évaluation aux propos de cette dernière et en ne procédant pas à l'examen physique requis dans les circonstances.[7]
  • Une infirmière note au dossier d'une cliente que celle-ci semble éprouver des difficultés respiratoires. Pourtant, les signes vitaux, et notamment les paramètres respiratoires, ne sont pas mesurés et la médication déjà prescrite pour ce problème n'est pas administrée[8].
  • Une infirmière appelée à procéder régulièrement à des prélèvements sanguins au domicile d'un client, néglige de l'évaluer, malgré la détérioration tant de son état général que de son environnement. Ce faisant, l'infirmière n'a pas prodigué les soins requis ni assuré le suivi nécessaire.[9]

L'évaluation clinique est au centre de l'exercice infirmier. Elle comprend à la fois la collecte, l'analyse et l'interprétation des données, ainsi que l'établissement des constats qui en découlent. Elle doit être exécutée avec rigueur et justesse. Toute lacune dans l'une ou l'autre de ces étapes mène l'infirmière dans une situation où elle est susceptible de faire preuve de négligence dans les soins et traitements.

 

La syndic,
Sylvie Truchon

En collaboration avec Myriam Brisson et Éric Roy, syndics adjoints

 

[1] Loi sur les infirmières et les infirmiers, L.R.Q. c. I-8, art. 36.

[2] Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Le champ d'exercice et les activités réservées des infirmières, 2e édition, Westmount (Québec), 2013, p. 36.

[3] Ibid, p. 37.

[4] Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Rapport annuel 2012-2013, Westmount (Québec), 2013, pp. 26-27.

[5] Code de déontologie des infirmières et infirmiers, RLRQ, c. I-8, r. 9. Le lecteur désireux d’en apprendre davantage au sujet de la négligence dans les soins et traitements est invité à consulter les chroniques suivantes : http://infoiiq.org/chronique-deonto/negligence-dans-les-soins-et-traitements-0 et http://infoiiq.org/chronique-deonto/negligence-dans-les-soins-et-traitements-22

[6] Infirmières c. Caron, C.D. Inf. 20-2012-00532, 2013-02-20.

[7] Infirmières c. Lalande, C.D. Inf. 20-2006-00357, 2011-03-18.

[8] Infirmières c. Côté, C.D. Inf. 20-2010-00501, 2011-07-13.

[9] Infirmières c. Lévesque, C.D. Inf. 20-2010-00485, 2011-11-10.

 

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