Portrait : prescrire sur la Côte-Nord

Publié le 29 mars 2017
  • Johanne Malec est infirmière en soins à domicile sur la Côte-Nord
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    Johanne Malec est infirmière en soins à domicile sur la Côte-Nord 
  • Johanne chez un patient
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    Johanne chez un patient 

Johanne Malec est infirmière en soins à domicile au Centre de santé de Uashat Mak Mani-Utenam (Sept-Îles). Elle exerce chez les Innus de la Côte-Nord depuis 16 ans dans le Programme de soins à domicile et en milieu communautaire des Premières Nations et des Inuits de Santé Canada. Elle a obtenu son attestation de prescription infirmière en janvier 2016 et nous raconte son expérience.

Pourquoi avoir effectué les démarches pour obtenir votre attestation de prescription infirmière?

Lors de l’adoption du Règlement, en novembre 2015, je répondais déjà aux exigences de la clause dite « grand-père », concernant l’expérience et la formation exigée. J’ai obtenu le droit de prescrire le 11 janvier 2016 après avoir suivi la formation de deux heures portant sur les considérations déontologiques et la démarche à prescrire qu’exigeait le processus d’obtention. Démarche simple pour moi, car j’avais en main toutes les attestations des 86 heures de formation dans le domaine des soins de plaies.

Expérience significative, oui, mais j’ai suivi deux formations intensives de 30 et de 45 heures en 2011 et en 2014 dans le domaine des soins de plaies données par Chantal Labrecque. Ces formations étaient exigées afin que je puisse participer à un projet pilote pour faciliter l’approvisionnement des pansements, ce qui était problématique dans mon milieu. À l’époque, une note de passage minimale de 80 % aux examens était nécessaire pour l’obtention d’un numéro de prescripteur émis par Santé Canda. Une prescription médicale où c’était indiqué « pansements par infirmière », plus mon évaluation de plaie détaillée me permettait de commander le matériel selon MON plan de traitement. Par la suite, ce projet est devenu une démarche de soins accessible à tout le personnel infirmier qui avait réussi les examens et qui travaillait dans le Programme de soutien à domicile (SAD) des centres de santé autochtones et des postes de soins en région éloignée.

Dans quelles circonstances l’utilisez-vous?

L’hérédité et de mauvaises habitudes de vie font que 50 % de ma clientèle souffre de diabète avec toutes ses complications (maladies micro et macro vasculaires), ce qui augmente le risque de plaies chroniques et complexes. Mes tâches quotidiennes sont majoritairement constituées de soins de plaies (plaie traumatique, plaie chirurgicale, plaie de pression posthospitalisation et soins de stomie).

Quelle différence cela fait-il dans votre pratique quotidienne?

C’est beaucoup plus simple pour moi et surtout pour mon patient, car on évite la fragmentation de l’offre de services (attente d’un rendez-vous avec le médecin de famille, attente pour obtenir une demande de services de santé non assurés (SSNA), attente de la réception du matériel)!

Avec la prescription, je réduis le délai de la prestation de soins : de ma prescription à l’application de mon plan de traitement, cela prend une semaine! De plus, en favorisant une reprise plus rapide de l’autonomie fonctionnelle des patients ou en diminuant le risque de conséquences plus graves, comme les infections ou les amputations, je peux amorcer le plan de traitement approprié plus rapidement, ce qui réduit les coûts sur tous les plans.

Je rends accessibles des soins de proximité de qualité, répondant ainsi aux besoins auxquels la clientèle a droit tout en étant à domicile. J’améliore mes compétences dans le domaine des soins de plaies, car je suis très attentivement le développement des soins, étant donné que cela exige d’être à jour plus que jamais (formation, à l’affût des nouveautés dans les produits, médicaments et pansements, etc.).

Enfin, j’oublie la frustration de ne pas pouvoir décider du traitement alors que mon expérience et ma démarche de soins démontraient que je possédais le savoir et le savoir-faire.

Quelle est la réaction des patients?

Le lien de confiance s’accroît, car les patients constatent que je possède les compétences pour prescrire et ainsi prodiguer le bon traitement pour leur plaie. De plus, les consultations auprès des spécialistes ont diminué et les visites évitables à l’hôpital aussi. Les patients aiment pouvoir revenir plus rapidement chez eux, car le temps d’hospitalisation diminue dans les cas de plaies complexes, puisque je peux désormais assurer cette prise en charge.

Comment cette nouvelle activité influence-t-elle vos rapports avec les autres professionnels de l’équipe de soins?

Dans mon centre, je suis désormais une référence en matière de soins de plaies. J’aime la collaboration interprofessionnelle et l’échange des acquis au retour d’une formation et j’aime aussi répertorier ou faire connaître mes bonnes pratiques, par exemple.

J’ai une nouvelle crédibilité auprès des autres partenaires du réseau (secteur hospitalier et communautaire) et j’ai une meilleure reconnaissance de nos droits et acquis. Enfin, j’apprécie les échanges valorisants avec les médecins qui savent que j’ai le droit de prescrire.

Quel bilan personnel tirez-vous de cette évolution?

Après 15 mois, j’exerce mon droit de prescrire régulièrement. Comme je n’ai pas d’ordonnance collective, cette autonomie professionnelle me permet de pratiquer dans le cadre du champ d’exercice de ma profession. Un bilan très positif donc! 

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