Portrait : la prescription infirmière au service des familles

Publié le 28 novembre 2017
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    Stéphanie en compagnie d'une patiente et de son enfant au CLSC. 
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    Stéphanie chez une patiente 

Stéphanie Gauthier, infirmière Famille enfance jeunesse au CLSC Simonne-Monet-Chartrand, nous explique ce que lui apporte, ainsi qu’à ses patients, son attestation de prescription infirmière.

Pourquoi avoir effectué les démarches pour obtenir une attestation de prescription infirmière?

J’avais envie d’améliorer ma pratique, d’augmenter mon autonomie, mais aussi de rendre accessibles mon expertise et mon jugement, sans les contraintes des ordonnances collectives.

Notre direction nous a encouragés et soutenus tant financièrement que sur le plan de l’application pratique, notamment dans la confection de formulaires.

La volonté des infirmières, jumelée au soutien concret de l’organisation dans laquelle l’infirmière exerce, est un atout pour amorcer cette avancée dans notre pratique professionnelle.

Dans quelles circonstances l’utilisez-vous?

J’utilise la prescription infirmière en période prénatale et postnatale au CLSC dans le cadre de mon travail en famille enfance jeunesse.

Je l’utilise en période prénatale : dans le cadre de mes suivis en cliniques OLO et dans mes suivis au service intégré en périnatalité et petite enfance (SIPPE) à domicile, en prescrivant la multivitamine prénatale Pregvit chez les femmes enceintes. Je peux également prescrire du diclectin aux femmes enceintes qui ont des nausées et des vomissements dans le 1er trimestre.

J’utilise aussi la prescription infirmière dans des cliniques d’allaitement. Je prescris des médicaments pour le traitement des infections fongiques de la peau ou des muqueuses du bébé et de la mère qui allaite.

À domicile, dans le cadre de mon suivi SIPPE chez les familles plus vulnérables, comme je suis l’enfant de la grossesse à l’âge de 5 ans, mon mandat est encore plus large. Je prescris la contraception hormonale ou d’urgence et j’ai la possibilité de l’ajuster au besoin. Je peux également prescrire un traitement pour la pédiculose. Le pharmacien peut, certes, en délivrer une, mais avec l’expérience je constate que le fait de remettre une prescription aux familles accompagnée de la marche à suivre les aide, et qu’elles ont davantage tendance à suivre le traitement.

Quelle différence cela fait-il dans votre pratique quotidienne?

Je me sens plus en contrôle et en confiance sur ce que je prescris, parce que je suis entièrement responsable de la prescription et du suivi. Le droit de prescrire vient aussi avec des responsabilités nouvelles. Je me suis aussi informée sur chacune des prescriptions effectuées.

Dans notre équipe avec les autres intervenants (TS, psychoéducateurs, nutritionnistes), la prescription nous permet d’avoir un rôle correspondant davantage à l’étendue de notre champ de pratique et adapté dans les familles suivies. Notre expertise devient une plus grande porte d’entrée pour intervenir.

Cela nous a aussi apporté une meilleure gestion concernant la contraception, puisqu’on peut initier et modifier la prescription en fonction des besoins de notre clientèle, surtout pour les familles qui n’ont pas de médecin de famille.

Récemment, j’ai eu la chance, lors d’une clinique d’allaitement, de rencontrer une mère qui allaitait et qui nous avait été envoyée par son médecin afin d’évaluer une difficulté lors de l’allaitement. Par la suite, si une prescription de traitement pour une candidose est nécessaire, je suis habilitée à la faire! On assiste donc à un changement de pratique positive pour la clientèle.

Pour moi, la prescription infirmière sert d’abord et avant tout à favoriser l’accessibilité aux familles. Le fait d’avoir accès à une intervenante rapidement pour évaluer une situation de santé, facilite la prise en charge de façon précoce et globale et favorise l’amélioration de l’état de santé, dans des domaines pour lesquels j’ai déjà une expertise. J’ai aussi le temps de faire un enseignement complet en tenant compte de la réalité et du contexte de vie des familles, ce qui améliore la capacité du client et de la famille à suivre le traitement adéquatement.

Quelle est la réaction des patients?

Nos familles ont développé le réflexe de nous contacter ou de venir nous consulter dès qu’elles se questionnent sur l’état de santé d’un des membres de la famille. Elles nous demandent notre opinion et souhaitent que nous évaluions la situation dès qu’elles sont inquiètes. Nous voyons tranquillement un changement de pratique. Elles se tournent davantage vers nous pour répondre à certains de leurs besoins en matière de santé.

J’ai eu la chance de constater une plus grande satisfaction envers nos services, chez les familles qui ont demandé mon expertise, puisqu’elles ont eu une réponse rapide et adaptée à leurs besoins.

Quel bilan personnel tirez-vous de cette évolution?

Je trouve que la prescription infirmière est très enrichissante et gratifiante comme professionnelle; elle me procure une plus grande autonomie et j’ai le sentiment profond de remplir le mandat de la première ligne en rendant accessible mon expertise.