Personne suicidaire et rôle de l'infirmière

Publié le 29 août 2017
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    Mélanie est IPS au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec 
  • Savoir intervenir pour mieux prévenir
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    Savoir intervenir pour mieux prévenir 

Mélanie Cloutier, infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne (IPSPL) au 
CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et chargée de cours à l'UQTR, aborde le rôle particulier de l'infirmière face à une personne suicidaire.

Savoir intervenir pour mieux prévenir

Alors que la baisse du taux de suicide observée au début des années 2000 s’affaiblit, chaque jour environ trois personnes s’enlèvent la vie au Québec. Les trois moyens les plus utilisés sont les armes à feu, la pendaison et la médication. Chez les personnes qui ont songé au suicide, près de la moitié a consulté un professionnel de la santé à cet égard.

Le suicide : un phénomène complexe

Phénomène complexe, le suicide est la manifestation du désespoir d’une personne souffrante. La personne qui passe à l’acte désire habituellement mettre fin à cette souffrance plutôt que de mettre fin à ses jours.

Le processus de la crise suicidaire peut mener au passage à l’acte lorsque la personne met en application son plan par le moyen choisi. Ce processus se fait par étapes, où la perte d’espoir et la fragilisation de l’équilibre de la personne lui font croire que le suicide devient la solution. Il est important d’agir, ne serait-ce qu’en l’écoutant et en manifestant son empathie, ce qui peut permettre de désamorcer une situation de crise et permettre à la personne de prendre du recul, le temps de revoir les solutions à son malaise.

Il faut par contre éviter de moraliser ou de donner des conseils miracles.

De l'importance du dépistage

Le dépistage permet de repérer les situations de besoin ou à risque. Il est parfois nécessaire d’agir indirectement alors que la demande d’aide provient d’un proche, tout en s’assurant que celui-ci est lui-même apte à soutenir la personne suicidaire.

Les clientèles les plus vulnérables sont les gens qui ont des troubles de santé mentale ou de dépendance, qui ont des antécédents suicidaires, un passé d’abus ou de violence, et les hommes. Ils utilisent souvent des moyens plus létaux et semblent moins portés à demander de l’aide. Reconnaître les moments critiques fait aussi partie du dépistage.

Par exemple, une perte significative, le décès d’un proche, un échec et même l’annonce d’un diagnostic peuvent contribuer à fragiliser la personne. Chez une personne dépendante, une sortie d’hébergement ou une rechute nécessitent de la vigilance. Certains, pour manifester leur détresse, utilisent des messages verbaux directs ou indirects du type « Vous seriez mieux sans moi ».

Pour d’autres, ce sont les émotions comme la tristesse, l’irritabilité ou encore un affect plat qui seront les indices du malaise. Il faut aussi demeurer alerte si une personne fait don de ses objets et qu’elle s’isole davantage.

Finalement, les indices cognitifs tels une diminution de la concentration ou de la mémoire, et de l’indécision sont parfois présents. Attention à la rémission spontanée, ce peut être le signe que la personne a décidé de passer à l’acte et qu’elle est soulagée par sa décision.

Évaluer le potentiel suicidaire

L’évaluation du potentiel suicidaire fait référence au risque suicidaire (probabilité de passage à l’acte dans les deux prochaines années), à l’urgence suicidaire (imminence du passage à l’acte dans les 48 heures) et au risque de dangerosité. Il est de mise d’explorer les facteurs de risque d’un côté, mais sans jamais négliger les facteurs de protection de l’autre, ceux-ci ayant un impact considérable dans la prévention du suicide.

Les principaux éléments à rechercher lors de notre entrevue sont le plan, les tentatives suicidaires dans la dernière année, le pattern de consommation, la présence d’un réseau de soutien, la capacité à se contrôler ou le fait d’être impulsif, la capacité à prendre soin de soi et finalement la capacité à espérer un changement.

Comment intervenir

Intervenir auprès de la personne suicidaire, c’est avant tout établir un filet de sécurité. Ce peut être fait par le biais de proches ou par des organismes comme les centres de prévention suicide. On peut aussi diriger la personne vers le 811 ou à l’accueil psychosocial du CLSC. Parfois, il est nécessaire d’adresser la personne aux services de soutien en santé mentale. Si l’urgence est imminente (dans les 48 prochaines heures), que la personne a décidé de son plan, alors l’urgence ou le 911 est la solution. Il est préférable de réduire l’accès aux armes à feu et à l’alcool en tout temps, sans oublier de rendre inaccessible le moyen choisi.

Les bonnes pratiques se rapportent maintenant au plan de sécurité comme intervention efficace en remplacement du pacte de non-suicide. Au-delà de l’engagement écrit de non-passage à l’acte, ce plan se veut une liste écrite et priorisée de stratégies et de ressources d’aide que la personne pourra consulter si elle traverse une crise suicidaire.

De l'importance de ne pas intervenir seul

En conclusion, ne portez pas tout sur vos épaules, il faut créer un réseau de prévention et agir ensemble. Soyons proactifs dans la prévention du suicide, n’ayons pas peur d’intervenir, de parler et d’écouter. Et qui sait, peut-être ferons-nous la différence pour quelqu’un.

Mélanie Cloutier, infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne (IPSPL)
GMF Clinique médicale de Shawinigan-Sud, CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. Chargée de cours, UQTR


Références :

Association québécoise de la prévention du suicide (AQPS) http://www.aqps.info/

Centre Dollard-Cormier - Institut universitaire sur les dépendances, et Suicide Action Montréal. (2012). Grille d’estimation de la dangerosité d’un passage à l’acte suicidaire : Fondements théoriques et pratiques. Repéré à http://suicideactionmontreal.org/uploads/PDF/Grille_destimation_de_la_dangerosite-fondements_theoriques_et_pratiques.pdf

Institut national de santé publique du Québec. (2016). La mortalité par suicide au Québec : 1981 à 2013 : Mise à jour 2016. Repéré à http://www.aqps.info/media/documents/Portrait_statistique2016_suicide_Quebec_INSPQ.pdf

Lane, J., Archambault, J., Collins-Poulette, M., Camirand, R., et Murray, G. (Novembre, 2009). Guide de bonnes pratiques en prévention du suicide à l’intention des intervenants des CSSS : Processus d’intervention et pratiques proposées. Présentation effectuée dans le cadre du Colloque de Suicide Action Montréal, QC.  Repéré à http://suicideactionmontreal.org/uploads/PDF/Guide%20de%20bonnes%20pratiques%20-%20Intervenants_2.pdf

Ordre des Infirmiers et Infirmières du Québec. (2007). Prévenir le suicide pour préserver la vie : Guide pratique clinique. Repéré à https://www.oiiq.org/sites/default/files/228_doc_0.pdf

Organisation mondiale de la santé. (2012). Prise en charge des conduites autoagressives et suicidaires. Repéré à http://www.who.int/mental_health/mhgap/evidence/suicide/fr/

Raymond, S., Abadie, P., Breton, J-J., et Balan, B. (2016). Crises suicidaires chez les adolescents : Le plan de sécurité. Perspective infirmière, 13(1), 23-25. Repéré à https://www.oiiq.org/sites/default/files/uploads/periodiques/Perspective/vol13no01/09-sante-mentale.pdf

 

Cet article a tout d’abord paru dans le Cyberjournal de l’Ordre des infirmières et infirmiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec (2017).

1. Cloutier, Mélanie. (2017). Personne suicidaire et le rôle l'infirmière. Le Cyberjournal de l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec, 6(1). Repéré à http://oriimcq.oiiq.org/volume-06-numero-01/actualites-regionales

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